La dynamique des infrastructures redéfinit le corridor énergétique d'Afrique de l'Est à l'approche de l'AEW 2026
L'Afrique de l'Est s'impose comme un corridor énergétique stratégique, avec plusieurs projets d'infrastructure à grande échelle en cours. La Tanzanie cherche à conclure un accord contraignant pour son projet de GNL, longtemps retardé, tout en lançant simultanément des infrastructures de stockage essentielles. L'oléoduc de l'Afrique de l'Est (EACOP) vise des exportations en octobre 2026, tandis que le bassin de South Lokichar au Kenya prévoit une première production de pétrole d'ici la fin de l'année. Ces initiatives indiquent que la région est prête à devenir une plaque tournante essentielle pour les exportations, démontrant ainsi la valeur d'un développement axé sur les infrastructures à l'approche de l'African Energy Week (AEW) 2026.
« L'Afrique de l'Est montre que la croissance énergétique transformatrice ne commence pas par une simple découverte – elle commence lorsque les pays mettent en place les infrastructures, les cadres juridiques et les systèmes d'exportation qui transforment les ressources en valeur économique à long terme. Du programme GNL de la Tanzanie à l'EACOP en passant par l'expansion du réseau énergétique du Kenya, la région prouve que les infrastructures constituent le pont entre l'ambition et la concrétisation viable », déclare NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l'énergie.
Tanzanie : les ambitions en matière de GNL s’accompagnent d’infrastructures stratégiques
Les ambitions énergétiques de la Tanzanie reposent sur son projet de GNL de 42 milliards de dollars. Malgré des années de retard, le projet mené par Shell et Equinor se rapproche d’un cadre d’investissement, la vice-ministre de l’Énergie, Salome Makamba, ayant indiqué que le pays visait la signature de l’accord avec le gouvernement hôte d’ici mi-2026. Cet accord mettrait le projet sur la voie de la décision finale d’investissement (FID), les premières cargaisons de GNL étant attendues au début des années 2030. Une fois achevé, le projet Tanzania LNG permettra non seulement de monétiser les 57 tcf de réserves de gaz naturel du pays, mais aussi de le positionner comme un exportateur majeur de GNL.
Parallèlement au développement gazier, la Tanzanie développe ses infrastructures en aval pour soutenir le commerce régional de l'énergie. Le pays a lancé en mars 2026 un projet d'extension des installations de stockage de pétrole d'une valeur de 274 millions de dollars au port de Dar es Salaam, ajoutant 15 nouveaux réservoirs d'une capacité de 378 000 mètres cubes. Outre une réduction de 68 % des temps d’attente des méthaniers, ce projet permettra de réduire les coûts de carburant et de renforcer la fiabilité de l’approvisionnement sur l’ensemble du marché est-africain. C’est ce qui rend l’histoire de la Tanzanie si fascinante. Le pays ne considère pas le GNL comme un projet isolé : il met en place l’architecture commerciale et logistique nécessaire pour soutenir une croissance énergétique évolutive.
L’EACOP, pilier de la croissance axée sur les infrastructures en Afrique de l’Est
L'EACOP est à ce jour le symbole le plus évident du modèle énergétique de l'Afrique de l'Est axé sur les infrastructures. Ce pipeline de 1 443 km, développé par un consortium composé de TotalEnergies, de CNOOC, de l'Uganda National Oil Company (UNOC) et de la Tanzania Petroleum Development Corporation, transportera 230 000 barils par jour de pétrole brut depuis le bassin du lac Albert en Ouganda vers les marchés internationaux via le port de Tanga en Tanzanie. En janvier 2026, ce projet de 5 milliards de dollars était achevé à 79 %, les responsables confirmant que la construction se déroulait comme prévu pour une mise en service en juillet 2026, malgré l’opposition des groupes environnementaux.
Pour l’Afrique de l’Est, ce projet représente plus qu’un simple oléoduc : il s’agit d’un corridor énergétique stratégique reliant les bassins intérieurs aux marchés d’exportation. Mais l’Ouganda voit plus loin que les exportations.
En janvier 2026, l'UNOC a signé un accord avec Alpha MBM Investments pour le développement d'une raffinerie de pétrole de 4 milliards de dollars. Prévue pour être achevée d'ici 2029/2030, la raffinerie aura une capacité de 60 000 barils par jour, ce qui réduira les importations de produits raffinés et renforcera la sécurité d'approvisionnement en Afrique de l'Est.
Le Kenya ouvre des perspectives d'investissement avant la première production de pétrole à Lokichar
Le Kenya se positionne comme une destination pour les investissements étrangers alors que le pays s'apprête à produire son premier pétrole dans le cadre de son projet South Lokichar. Le pays a récemment lancé la vente d'une participation de 65 % dans la Kenya Pipeline Company (KPC) par le biais d'une introduction en bourse qui devrait rapporter environ 106,3 milliards de shillings kényans. Cette initiative témoigne d'une approche fondée sur le marché pour le financement des infrastructures stratégiques, s'inscrivant dans les plans plus larges de KPC visant à moderniser et à diversifier son portefeuille.
Cela intervient alors que le projet South Lokichar, mené par Gulf Energy, prend de l'ampleur, la première phase (2026) visant une production de 20 000 barils par jour et une deuxième phase prévue visant à porter la production à 50 000 barils par jour d'ici 2032. Gulf Energy a récemment acquis une plate-forme de forage terrestre pour soutenir le développement en vue de la première production de pétrole, renforçant ainsi le développement du corridor énergétique émergent de l’Afrique de l’Est. À l’approche de l’AEW 2026, l’Afrique de l’Est envoie un message fort en matière d’investissement : ce n’est plus une région pionnière, mais un marché axé sur les infrastructures où les investissements se traduisent par des actifs économiques rentables et évolutifs.