L’Afrique se mobilise pour repenser les secteurs de l’énergie, des données et de la finance au service d’une croissance industrielle tirée par l’IA
Les gouvernements africains passent du statut de consommateurs numériques à celui de développeurs d’infrastructures, à mesure que l’IA, les centres de données et le cloud computing redéfinissent les flux d’investissement mondiaux. Au cours des 12 à 24 prochains mois, les priorités politiques devraient se concentrer sur la souveraineté des données, les réformes du marché de l’électricité et les structures de financement permettant de réduire les risques pour les marchés numériques et énergétiques à long terme.
Ces priorités seront abordées lors du volet « Renegade Intel » de l’African Energy Week (AEW) 2026, qui se tiendra au Cap du 12 au 16 octobre. Cette plateforme réunira des développeurs du secteur de l’énergie, des entreprises technologiques, des financiers et des décideurs politiques afin d’examiner comment le gaz naturel, les réseaux électriques, les réseaux de transport d’électricité et les infrastructures de données peuvent soutenir la participation de l’Afrique à l’économie mondiale de l’IA.
Partout sur le continent, les gouvernements mettent en place des cadres de localisation des données afin de garantir que les documents publics essentiels, les informations financières et les données de santé soient stockés au sein d’infrastructures nationales ou régionales, tout en permettant des transferts transfrontaliers contrôlés dans le cadre du Protocole sur le commerce numérique de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Le Nigeria a mis en œuvre les Directives générales d’application et d’exécution tout en faisant avancer son projet de loi national sur l’économie numérique et l’e-gouvernance. Ce cadre renforce le rôle de l’Agence nationale de développement des technologies de l’information, en établissant une classification par niveaux pour les responsables du traitement des données et en instaurant une surveillance plus stricte des actifs numériques de grande valeur et des systèmes d’IA.
Le Sénégal a adopté une approche de localisation des données pilotée par l’État, exigeant que les documents administratifs et les données administratives soient hébergés à l’intérieur des frontières nationales. Cette stratégie s’appuie sur le développement d’un centre de données national de niveau III près de Dakar, permettant aux institutions publiques de conserver le contrôle de l’infrastructure numérique et des systèmes d’information gouvernementaux.
La réforme du secteur de l’électricité devient également une condition indispensable pour attirer les infrastructures d’IA. Les centres de données nécessitant une alimentation électrique continue, les gouvernements sont amenés à libéraliser les marchés de l’électricité, à étendre les réseaux de transport et à permettre la conclusion d’accords directs entre les producteurs d’électricité indépendants et les grands consommateurs industriels d’électricité.
La loi sud-africaine n° 38 de 2024 portant modification de la réglementation de l’électricité, entrée en vigueur le 1er janvier 2025, constitue un modèle de restructuration du marché. Cette législation a institué un gestionnaire de réseau de transport indépendant qui soutient les accords de transport d’électricité par des tiers, permettant ainsi aux producteurs d’électricité privés de fournir de l’électricité via le réseau national.
Parallèlement à la réforme réglementaire, les gouvernements mettent en place des mécanismes financiers capables de mobiliser des milliards de dollars pour les infrastructures numériques. Des plateformes de financement mixte, des véhicules d’investissement public-privé et des structures soutenues par des institutions financières de développement sont déployées afin de réduire les risques liés aux devises, à la dette souveraine et à la construction.
La stratégie nigériane en matière d’infrastructures de fibre optique illustre ce modèle. Grâce à une entité ad hoc dédiée, soutenue par des investisseurs privés et des institutions financières internationales, le pays prévoit de déployer 90 000 km d’infrastructures de fibre optique en libre accès, ce qui permettra de réduire les coûts de connectivité et d’élargir l’accès aux entreprises technologiques locales.
Les petites économies africaines envisagent également la mise en place de cadres régionaux de « données ambassades », permettant aux gouvernements d’héberger des infrastructures numériques souveraines au sein de grands pôles de données régionaux tout en conservant le contrôle juridique sur les actifs informationnels nationaux. Cette approche réduit le coût de développement d’installations individuelles de haut niveau.
« L’Afrique ne peut pas se permettre d’être un consommateur passif dans la révolution mondiale de l’IA. En alignant les investissements énergétiques, les infrastructures numériques et les modèles de financement, nous pouvons garantir que nos ressources, nos données et notre capacité d’innovation alimentent la prochaine génération de l’industrie mondiale depuis l’intérieur même du continent », déclare NJ Ayuk, président exécutif de l’African Energy Chamber.
À mesure que le déploiement de l’IA s’accélère, la prochaine phase de la stratégie numérique de l’Afrique dépendra de l’intégration de la politique énergétique, de la réglementation des données et de la planification financière. Les gouvernements considèrent de plus en plus les réseaux électriques, les centres de données, les réseaux de fibre optique et les plateformes numériques comme des infrastructures interconnectées indispensables à la croissance industrielle et à la participation technologique.
À ce titre, le volet « Renegade Intel Track » de l’AEW 2026 réunira des décideurs politiques, des investisseurs et des développeurs technologiques afin d’examiner comment ces cadres réglementaires émergents, ces réformes des marchés de l’électricité et ces mécanismes de financement peuvent être accélérés pour déboucher sur des projets d’infrastructures numériques bancables à travers l’Afrique.