24 Mar 2026

Le corridor énergétique nord-africain sous les projecteurs alors que la Libye et l'Égypte augmentent leur production de gaz

Le corridor énergétique nord-africain sous les projecteurs alors que la Libye et l'Égypte augmentent leur production de gaz

La Compagnie nationale pétrolière libyenne a lancé la première phase du gazoduc Farigh-Brega. Les opérations de pompage du gaz sont déjà en cours, et le flux provenant du champ 103A devrait être acheminé vers le réseau de Syrte, puis vers le réseau côtier d'ici la fin mars 2026. Cette étape importante s'inscrit dans le cadre d'une initiative nationale visant à renforcer les capacités de production, illustrant ainsi comment le corridor énergétique nord-africain reprend de l'élan à un moment où les marchés mondiaux du gaz sont bouleversés par les perturbations du transport maritime et les préoccupations liées à la sécurité de l'approvisionnement.

À l'approche de la conférence et du salon African Energy Week (AEW) – qui se tiendra du 12 au 16 octobre au Cap –, la région est de plus en plus considérée comme un pôle de stabilité pour l'Afrique. Caractérisée par des infrastructures existantes, sa proximité avec l'Europe et une monétisation du gaz évolutive, l'Afrique du Nord contraste avec le potentiel de croissance de l'Afrique occidentale et australe, offrant aux investisseurs et aux acheteurs européens des alternatives d'approvisionnement diversifiées et de plus en plus sûres.

Libye : reconstruire une plaque tournante gazière en Méditerranée

Le nouveau gazoduc libyen ajoute une nouvelle dimension concrète à la dynamique de renouveau du pays. Avec pour objectif d’augmenter sa production dans les années à venir, la Libye entre dans une ère énergétique décisive, marquée par une reprise de l’exploration, un renforcement des capacités d’exportation et des approvisionnements nationaux. Ce mois-ci encore, Eni a annoncé deux nouvelles découvertes de gaz offshore, estimées à plus d’un trillion de pieds cubes (tcf). Les découvertes à Bahr Essalam South 2 et 3 offrent un potentiel de production à court terme compte tenu de leur proximité avec les infrastructures existantes. Parallèlement à ces découvertes, Eni fait avancer sept projets en Libye, dont le projet d’utilisation du gaz de Bouri – prévu pour le troisième trimestre 2026 avec une capacité de 120 millions de pieds cubes standard par jour – et le développement Structures A&E – prévu pour 2027.

Au-delà de ces projets, la Libye a repris ses appels d'offres internationaux, avec l'attribution de blocs à Chevron, Eni, QatarEnergy, Repsol, Aiteo et à un consortium regroupant la société turque TPOC et la société hongroise MOL. Ce dernier appel d'offres était le premier depuis près de deux décennies, marquant ainsi une volonté accrue du pays de se développer en amont. Ces initiatives interviennent alors que la Libye s'efforce d'augmenter sa production de gaz à un milliard de pieds cubes par jour, dans le but de stimuler ses exportations vers l'Europe au cours des cinq prochaines années, en tirant parti des infrastructures existantes telles que le gazoduc Greenstream, qui relie la Libye à l'Italie. Pris dans leur ensemble, ces jalons montrent que la Libye est en train de reconstruire l'architecture physique et commerciale nécessaire pour rivaliser en tant que plaque tournante gazière de la Méditerranée.

Égypte : développer un marché d'exportation en Méditerranée orientale

L'Égypte adopte une approche similaire en amont, en mettant l'accent sur l'exploitation du commerce régional et des infrastructures de liquéfaction existantes pour contrer le déclin naturel de la production et renforcer les exportations vers la Méditerranée. Dans le secteur aval, le pays a signé un accord avec Eni pour doubler la production de pétrole brut et faire avancer un gazoduc reliant le gisement de Cronos à Chypre aux infrastructures égyptiennes. Ce raccordement renforce non seulement l'approvisionnement en matière première, mais consolide également le statut de l'Égypte en tant que plaque tournante du GNL en Méditerranée.

En matière d'exploration, le pays prévoit de forer 101 puits en 2026 – 67 dans le désert occidental, neuf dans le golfe de Suez, 14 en Méditerranée et six dans le delta du Nil – afin de reconstituer ses réserves. Eni optimise également le gisement de Zohr grâce à des forages intercalaires et à la gestion des réservoirs afin de libérer un tcf de gaz supplémentaire, tandis que Rashpetco s’est engagée à doubler la production de gaz d’ici l’exercice 2029/2030. Ces efforts coïncident avec la volonté de l’Égypte de renforcer ses liens régionaux. Rien que cette année, le pays a noué des partenariats avec la Syrie, le Liban, la Libye et Djibouti, dans le but de soutenir le commerce énergétique sur le marché méditerranéen et au-delà.

C'est la combinaison du développement en amont, de la collaboration transfrontalière et de la croissance de la production qui fait de l'Égypte un pilier si essentiel du corridor nord-africain.

« L'Afrique du Nord prouve que la sécurité énergétique repose sur les infrastructures, et pas seulement sur les réserves. La relance des gazoducs en Libye et l'expansion du GNL en Égypte montrent comment le continent peut passer du potentiel à la concrétisation, en créant un corridor qui offre de la fiabilité aux marchés mondiaux tout en continuant à générer de la valeur sur le plan national », déclare NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l'énergie.

Pour les investisseurs qui se rendront à l’AEW 2026, c’est là la véritable proposition nord-africaine. Alors que la Libye offre un levier en matière de pipelines et un accès réouvert à l’amont, l’Égypte offre l’échelle, les infrastructures et l’économie de plaque tournante. Ensemble, elles positionnent l’Afrique du Nord comme le pôle de stabilité de l’Afrique : moins spéculatif que les bassins pionniers plus au sud et à l’ouest, mais non moins stratégique sur un marché du gaz qui récompense de plus en plus la rapidité, la connectivité et la fiabilité.

 

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