L'énergie nucléaire prend de l'ampleur alors que l'Afrique se tourne vers l'électricité de base pour assurer sa sécurité énergétique à long terme
L’énergie nucléaire passe du stade d’ambition à long terme à celui de développement actif de projets à travers l’Afrique, alors que les gouvernements recherchent une électricité de base fiable pour soutenir l’industrialisation et renforcer la sécurité énergétique. Alors que l’Afrique du Sud reste le seul exploitant nucléaire commercial du continent et que l’Égypte s’empresse d’achever la centrale nucléaire d’El Dabaa, d’une puissance de 4 800 MW, des pays tels que le Ghana, le Kenya, le Rwanda et le Nigeria mettent en place des cadres réglementaires, des partenariats avec des fournisseurs et des stratégies de financement susceptibles d’établir la prochaine génération de marchés nucléaires africains.
Ces développements occuperont le devant de la scène lors de l’African Energy Week (AEW) 2026, où la conférence « Power Africa Today » organisera une table ronde consacrée au rôle de l’énergie nucléaire dans la mise en place de réseaux électriques africains résilients. Réunissant des décideurs politiques, des services publics, des régulateurs, des fournisseurs de technologies et des investisseurs, cette session examinera les stratégies de déploiement, les modèles de financement et les politiques nécessaires pour mener ces projets à leur aboutissement commercial.
L’Égypte et l’Afrique du Sud à la pointe du développement
L’industrie nucléaire commerciale africaine repose actuellement sur deux piliers : le parc en exploitation de l’Afrique du Sud et la centrale nucléaire d’El Dabaa, en Égypte, dont la construction avance à grands pas.
L’Égypte construit actuellement à El Dabaa le plus grand projet nucléaire civil d’Afrique, une centrale de 4 800 MW développée par Rosatom. D’un coût estimé entre 28,75 milliards et 30 milliards de dollars, ce projet est financé à environ 85 % par un prêt de l’État russe de 25 milliards de dollars, ce qui en fait l’un des plus importants investissements en infrastructures énergétiques jamais réalisés sur le continent.
Le 9 juillet 2026, l’Égypte a installé la cuve du réacteur de l’unité 2, marquant ainsi une nouvelle étape technique majeure après l’installation de celle de l’unité 1 fin 2025. Les autorités égyptiennes respectent le calendrier prévu pour que l’unité 1 commence à fournir de l’électricité au cours du second semestre 2028, les trois unités restantes devant entrer en service progressivement d’ici 2030.
L'Afrique du Sud, quant à elle, prolonge simultanément la durée de vie de son parc existant tout en préparant le terrain pour de nouvelles capacités. Les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Koeberg, qui fournissent environ 1 940 MW de production et environ 5 % de l'approvisionnement national en électricité, ont récemment obtenu des prolongations de 20 ans de leur autorisation d'exploitation, respectivement jusqu'en 2044 et 2045, à la suite de programmes de rénovation approfondis.
L’Afrique du Sud a l’intention de se doter d’une capacité nucléaire supplémentaire de 5 200 MW d’ici 2039–2040, en commençant par un projet de 4 000 MW à Duynefontein, à proximité de la centrale nucléaire de Koeberg. Le pays se positionne également sur le marché émergent des petits réacteurs modulaires (SMR) après que la Necsa a lancé, en mars 2026, un appel à manifestation d’intérêt international visant à identifier des partenaires commerciaux pour un programme de démonstration de SMR.
Une nouvelle génération de marchés nucléaires émerge
Au-delà des deux leaders établis du continent, plusieurs pays réalisent des progrès tangibles vers l’énergie nucléaire commerciale.
Le Ghana poursuit la préparation du site, la mobilisation des fournisseurs et le développement de la main-d’œuvre, son objectif étant d’atteindre une capacité nucléaire d’environ 1 GW d’ici 2038. Le Kenya a désigné KenGen comme futur exploitant de sa centrale nucléaire prévue de 2 000 MW et continue de collaborer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique en vue d’une mise en service prévue en 2034.
Le Rwanda met en place son cadre réglementaire tout en poursuivant le déploiement de SMR grâce à des accords avec Rosatom et des partenaires internationaux. Le Nigeria a réorienté sa stratégie vers des technologies de réacteurs de plus petite taille, mieux adaptées à son réseau électrique, tout en renforçant ses institutions de régulation grâce à de nouveaux partenariats internationaux. L’Ouganda et la Tanzanie poursuivent également leurs progrès à travers la planification des infrastructures à un stade précoce.
Le financement et les SMR occupent le devant de la scène
Si les centrales nucléaires à grande échelle restent au cœur de la stratégie de l’Égypte, une grande partie de l’expansion future de l’Afrique devrait se concentrer sur les SMR. Leurs besoins en capitaux réduits, leurs délais de construction plus courts et leur adaptation aux réseaux électriques de plus petite taille en font des solutions attractives pour les marchés nucléaires émergents.
Le financement reste toutefois le principal défi du secteur. L’Afrique ne reçoit qu’une fraction des investissements mondiaux dans le domaine de l’énergie, ce qui rend les institutions de financement du développement et les agences de crédit à l’exportation indispensables pour mobiliser les capitaux à long terme nécessaires aux projets nucléaires.
Alors que les pays africains s’efforcent de diversifier davantage leurs systèmes électriques, l’énergie nucléaire est de plus en plus considérée comme un complément stratégique aux énergies renouvelables, au gaz et à l’hydroélectricité. Lors de l’AEW 2026, Power Africa Today examinera comment les gouvernements, les investisseurs et les fournisseurs de technologies peuvent surmonter les défis liés au financement, à la réglementation et au déploiement afin de fournir une énergie de base fiable qui soutienne l’industrialisation et la croissance économique à long terme.
« Une électricité de base fiable restera fondamentale pour l’avenir industriel de l’Afrique. L’énergie nucléaire offre une opportunité importante pour renforcer la sécurité énergétique, diversifier la production et soutenir une croissance économique durable à travers le continent », déclare NJ Ayuk, président exécutif de l’African Energy Chamber.